Ode à l’imperfection
Bonjour ou bonsoir selon votre fuseau horaire et l’heure à laquelle vous lirez ce texte !
J’espère que vous passez une bonne année 2026 jusque là… En me baladant aux hasards d’internet, j’ai constaté le phénomène habituel des débuts d’années, période de bonnes résolutions : des injonctions à la perfection. (Je reconnais que j’ai moi-même fait un post sur les bonnes résolutions, mais j’espère n’avoir pas utilisé le procédé ici souligné)
Ces injonctions posent des problèmes à plusieurs niveaux, que j’ai envie d’esquisser avec vous aujourd’hui.


1 – Elles créent un stress inutile
Chercher à progresser est une chose. Se forcer à atteindre des standards irréalistes en est une autre.
Parce que oui : la perfection est inatteignable. C’est évident, mais ça mérite d’être dit. Et vouloir se conformer à des contraintes impossibles finit souvent par générer plus de frustration que de bénéfices.
On pourrait m’opposer la phrase attribuée à Mark Twain (auteur brillant s’il en est) :
« Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait. »
Mais je pense qu’il y a une différence entre faire par élan sincère, et faire pour tenter de corriger une image négative de soi.
C’est un peu la même logique qu’en thérapie : une motivation profondément intrinsèque (venir parce qu’on en ressent le besoin) a plus de chances d’amener un changement durable. Une motivation extrinsèque (venir pour se conformer à une norme ou à une mode) est souvent plus fragile.
Et les injonctions publicitaires jouent très largement sur ce registre extrinsèque.
2 – Elles détériorent l’image de soi
Les publicités ne montrent pas le réel. Elles construisent une image idéale, parfois inaccessible, et sous-entendent que cette image est non seulement atteignable… mais aussi obligatoire.
Par exemple : « Obtenez un corps de rêve en 30 jours sans effort. »
Le message implicite n’est pas seulement “c’est possible”, mais “vous devriez y arriver”.
Mais pourquoi faudrait-il absolument correspondre à ce modèle ?
Pour la santé physique ? Ce n’est pas si simple.
Certaines personnes en surpoids sont très sportives, très mobiles, et objectivement en meilleure forme que la majorité des individus “minces” mais sédentaires. L’exemple de Sammo Hung, formé aux cascades à l’Opéra de Pékin (et toujours capable de faire des saltos enchaînés avec des coups de pieds retournés éclairs) le montre bien : la réalité est plus nuancée que les standards affichés.
Pour la séduction ? Là encore, rien n’est automatique.
Allez demander aux afficionados de la salle de muscu si le bodybuilding a mis fin à leur célibat : à en croire nombre de témoignages (sur internet ou à la salle), la réponse tend plus vers la négative…
Arnold Schwarzenegger disait qu’un corps musclé peut être une preuve de discipline et de volonté. C’est vrai. Mais si cette recherche est uniquement motivée par un rejet de soi ou par une pression extérieure, le risque est de tomber dans une forme de dysmorphie, ou au minimum dans une insatisfaction permanente.
On retrouve la même logique dans certaines démarches thérapeutiques : si on consulte uniquement parce que “c’est tendance”, on peut se mettre à courir après une version idéalisée de soi-même, et finir par se juger durement quand on n’y parvient pas.
Alors qu’une démarche de prévention, de mieux-être, ou simplement de compréhension de soi n’a pas du tout la même dynamique.



3 – Elles appauvrissent le réel
Les injonctions à la perfection véhiculent souvent l’idée qu’il n’existe qu’une seule bonne façon de faire… et que c’est évidemment celle qu’on cherche à nous vendre.
Cette manière de penser encourage la spécialisation extrême, comme si une seule méthode pouvait résoudre tous les problèmes.
Or on connaît bien la limite de ce raisonnement :
Quand on n’a qu’un marteau, tous les problèmes ressemblent à des clous.
Ce paradigme est très ancré culturellement. On dit souvent :
« Bon à tout, propre à rien. »
Et son équivalent anglais :
“Jack of all trades, master of none…”
Mais ce qu’on oublie souvent, c’est que la version complète ajoute :
“…is often better than a master of one.”
Autrement dit : être polyvalent, même imparfaitement, vaut parfois mieux que d’être enfermé dans une seule approche.
Concrètement, un boxeur qui répéterait toujours la même combinaison finirait battu. Un médecin qui prescrirait le même médicament à tout le monde serait incompétent. Un joueur qui miserait toujours de la même façon à la roulette perdrait (encore plus) à long terme.
La diversification des approches est souvent nécessaire pour s’adapter au réel.
Une remarque sur la sophrologie
C’est parce qu’elle diversifiée que je m’intéresse à la sophrologie : elle propose une approche à la fois mentale et corporelle, et offre des outils variés.
Évidemment, cette discipline a aussi ses limites. Selon les personnes et les problématiques, d’autres approches peuvent être plus adaptées.
Mais justement : c’est le cœur de mon propos.
Tout ne correspond pas à tout le monde, et c’est normal. Rien n’est parfait en ce bas monde.
Sur ce, je vous souhaite d’être parfaitement imparfait.

